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Toit végétalisé

De graminées légères, de prairies fleuries, ou de végétation rase, les toits s’habillent de nature.
On connaissait les toits végétalisés sur les maisons traditionnelles des pays nordiques, ils trônaient sur les immeubles ultramodernes américains, ils représentent 20 % des nouvelles toitures en Allemagne, les voilà désormais habillant de verdure les maisons individuelles de chez nous, les vieilles fermes comme les habitats contemporains.

Redonner à la terre ce qu’on lui a pris
A Coutançon, sur les hauteurs de Bas en Basset, Michel Demore a ouvert un golf Pitch and Putt – 15 trous, bientôt 18 – 100% écolo. Alors que les terrains de golf sont décriés à cause de leur grande consommation d’eau, lui, il a pensé à récupérer l’eau de ses toits pour arroser le green. Futé et écolo. Pourquoi a t-il couvert sa bâtisse d’un toit végétal ? C’est aussi un parti pris écologique explique t-il, c’est redonner à la terre ce qu’on lui a pris. On reconstitue sur le toit la surface couverte par la construction. Je n’ai pas fait ça pour faire joli, mais finalement, c’est beau, ça s’intègre beaucoup mieux dans l’environnement que des tuiles. L’entreprise Gayte de Polignac, en charge du chantier, lui a conseillé de planter du sédum, ces plantes qui poussent naturellement sur les rochers. « Elles ne craignent ni la sécheresse, ni le gel, et en plus, elles fleurissent. Il n’y a plus d’entretien, je pense que ça durera à vie. »

Sans entretien ?
Ce n’est pas tout à fait exact répond Gayte, spécialiste en isolation et étanchéité. « La première végétalisation de toiture que mon entreprise a réalisée, c’était celle de l’IUT du Puy il y a 20 ans. A l’époque, c’était la toiture végétale la plus en pente de France. Il a fallu fixer des retenues de terre, prévoir le drainage tout en garantissant l’étanchéité de l’ensemble. Nous avons réussi ce pari technique, mais comme la végétalisation n’a jamais été entretenue par la suite, le résultat esthétique n’est pas à la hauteur de ce qu’il devrait être. Donc, ne vous y trompez pas, une toiture végétale demande un minimum d’entretien : le substrat doit être engraissé temps en temps, les périphériques de drainages nettoyés, l’ensemble complémenté en végétaux en fonction de la façon dont il se comporte. La nature sauvage a du bon, mais en général, sur notre lieu de vie, on la préfère entretenue et canalisée.

Les végétaux
Qu’est ce qu’on plante sur les toits ?
« Tous nos chantiers sont différents. On fait souvent appel à nous pour des cas complexes. En fonction de la pente du toit, de l’environnement, de l’altitude, de l’exposition, de la structure porteuse, on ne proposera pas la même végétalisation. » nous explique Gérard Gayte.
On observe quatre grandes façons de faire : soit on sème (prairie, graminées, gazon) soit on pose un tapis végétal (sedum, mousse, gazon), et/ou on plante des godets, soit on fixe des bacs précultivés posés les uns à côté des autres. L’idéal, c’est de choisir des végétaux qui poussent dans sa région donc adaptés au climat local.
Pour de la couleur, chez nous, le sedum est assez répandu. C’est une plante de rocaille sèche, qui se développe horizontalement en tapis, aux fleurs blanches, rouges, jaunes ou roses dont les coloris changent au gré des saisons et qui gardent de belles feuilles charnues toute l’année.
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Le choix d’une prairie fleurie avec des petites plantes vivaces de type oeillet, iris, ciboulette, ail des ours, euphorbe ou d’un mélange de graminées hautes et légères sera également judicieux. Souvent on mixe des espèces naturelles et des variétés horticoles pour une floraison étalée dans le temps, à l’aspect changeant au fil des saisons.

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Le chantier du château de Goudet, difficile d’accès,
a été alimenté par hélicoptère.

J.-J. Julien, architecte parisien mais originaire d’ici, a fait curer les murailles, les a consolidé, avant de reconstruire une bâtisse à ossature bois à l’intérieur des ruines du château du XIIIème siècle. L’entreprise Gayte après avoir étanchéité , a épandu un substrat , puis installé des rouleaux pré-cultivés à dominante de sedum et mousses Toundra de Sopranature®.

L’étanchéité
L’étanchéité, généralement associée au travail d’isolation, c‘est le coeur de métier de l’entreprise Gayte souvent sollicitée pour des constructions de types HLM, copropriété, ou bâtiment industriel. Ce type d’ habitat se conçoit sous des toits plats, plus modernes que des toits en pente, plus intéressants financièrement. Par dessus une isolation résistante à la compression, on posera une membrane bitumée. Rien de nouveau donc sous le soleil, puisque depuis 2000 ans on pose du bitume sur les toitures. Il existe également des membranes PVC et EPDM (caoutchouc) mais qui semblent à notre spécialiste d’une longévité et d’une facilité de mise en oeuvre moindre que le bitume.
Comment procède-t-on ? La première couche d’étanchéité bitumée est clouée ou collée à froid puis soudée au chalumeau. La difficulté c’est d’éviter tout contact avec du bois.
Dans le cas d’une pente supérieure à 20%, on installe des retenues pour la terre qui, sans elles, se désagrégerait. L’ajout d’une couche de toile de jute, par exemple, évite l’érosion de surface le temps que les végétaux s’installent et développent leur système racinaire.

Gérer l’eau
La gestion de la quantité d’eau pour en avoir ni trop, ni trop peu, se fait par une couche éventuelle de drainage,(galets, pouzzolane…) qui permettra à l’eau stockée de remonter vers les racines pendant les périodes sèches. Un drain périphérique, sorte de zone stérile, guidera le surplus vers les évacuations. Si les végétaux ont bien été choisis pour leur capacité d’adaptation au milieu local, et que leur hauteur reste raisonnable (moins de 30 cm) alors il n’y aura pas besoin d’arrosage, bien que, pour des raisons évidentes de sécurité, on préconisera d’avoir un point d’eau à proximité.

Maîtriser le poids
Il faut absolument prévoir que, gorgée de pluie, la terre atteint des poids faramineux. Alors au lieu de prélever la terre d’à côté, on achète un substrat allégé, qu’on étale sur une épaisseur inférieure à 20 cm. Ainsi, la rétention d’eau engendrera un surpoids maitrisé, mais qui restera quand même compris entre 150 à 250 kg/ m2.
Vous comprenez donc qu’il est primordial, avant de se lancer dans la réalisation d’un toit végétalisé, de s’assurer que la structure porteuse est suffisamment résistante.

Gayte entreprise
31 ans d’activité en étanchéité et isolation.
Souffrant du dos (maladie courante dans le batiment), Gérard Gayte est obligé d’embaucher du personnel.
C’est à ce moment là que la société prends son essor. Elle comptait 2 ouvriers, ils sont 14 personnes aujourd’hui,
1, 5 M de CA ( dont 10% en toitures végétales)
Mme Gayte est présidente de la Fédération du Bâtiment.
http://gayte-etancheite.com/


Quelques conseils pour faire soi-même
Le poids : être sûr de la résistance de la structure porteuse.
La pente : toit en bois ou en bac acier, prévoir 3 % de pente minimum.
EPDM : en passant commande sur internet, on reçoit un EPDM d’une seule pièce, aux dimensions de son toit, prêt à poser. Bon plan pour des petites superficies, sinon choisir des laies à chevauchement.
Cheminée : prévoir une zone stérile de 50 cm autour des conduits.
Végétation : prélevez avec délicatesse et mesure celle qui pousse à côté de chez vous ou passez par un fournisseur qui fera le mélange correspondant à votre altitude et environnement (http://substrat-toit-vert.com).
Substrat : rajoutez à votre substrat des billes d’argile ou de pouzzolane, c’est local, c’est léger et ça gère très bien l’eau. Une entreprise auvergnate réalise des substrats à base de pouzzolane adaptés à la région : http://substrat-toit-vert.com
Dans tous les cas, visez la longévité ! Ce serait ballot d’avoir une fuite et de devoir tout recommencer.

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Une jolie extension en fuste et toit végétal réalisée par Nicolas Brottes de Néologis.

www.neologis-fuste.com

Les propriétés des toitures végétales
– complète naturellement l’isolation thermique
– diminue les besoins en climatisation
– filtre les bruits
– intérêt paysager : les 300 m2 du bâtiment industriel d’Altriom, qui abrite le nouveau centre de tri des déchets de haute technologie à Polignac, se fond dans la nature.
– une toiture esthétique et vivante
– une qualité de l’air améliorée
– une augmentation de la biodiversité
– une rétention temporaire de l’eau en cas de fortes pluies
– une réduction du volume d’eau rejeté annuellement
– une protection durable de l’étanchéité, par exemple en cas de grêle à laquelle des tuiles ne résisteraient pas.
– et en milieu urbain : dépollution de l’air, abaissement de la température à l’intérieur des villes et diminution de l’utilisation de la climatisation dans les étages supérieurs des immeubles, retour de la faune et de la flore dans des milieux dénaturés…