DSC_0133Un nom qui fleure bon sa déesse grecque, une histoire de batailles et de résurrections, un lien qui unit le passé altiligérien du Marquis de La Fayette et l’histoire ancienne et récente de l’une des plus véloces frégates* de la Marine française, construite à Rochefort.
Un trait d’union entre deux départements tiré de l’aventure d’un noble de Haute-Loire épris de liberté, s’embarquant avec des marins intrépides au XVIIIème siècle, et de l’ambition d’un groupe de passionnés en Charente-Maritime qui redonnent vie, 220 ans plus tard, à un bateau qui ressemble traits pour traits à celui qui l’emporta aux Amériques. Un amarrage historique, qui donne tout son sens à l’accostage de ces mots sur les p(l)ages de Strada.

DSC_0120L’Hermione du marquis de La Fayette
De 1777 à 1782, le Marquis de La Fayette, né Gilbert du Mottier en 1757 à Chavaniac-Lafayette, fit deux voyages en direction de Boston, capitale symbolique de la révolte des indépendantistes contre la colonisation anglaise. Pour son second voyage, porteur d’une missive de Louis XVI annonçant l’arrivée d’un corps expéditionnaire français pour aider les « Insurgents », il part de l’arsenal de Rochefort, à bord de la frégate l’Hermione. Un mois, plus tard, accueilli à Boston et félicité par le Congrès américain, le marquis s’engage, à bord de ce voilier de guerre, dans plusieurs combats navals et des bombardements de forts ou de convois anglais. En 1782, décoré par George Washington, il revient en France, toujours à bord de l’Hermione. Sa vie parisienne, aventureuse et risquée, d’homme politique, de diplomate et de militaire, en fit l’une des figures de la Révolution puis, vingt ans plus tard, de la Restauration. L’Empire le vit beaucoup plus circonspect et… prudent.
Quant à l’Hermione, elle parcouru les routes des Indes pour finir son existence marine sur un haut-fond, devant Le Croisic, en 1793, lors d’une mission d’assistance aux troupes républicaines contre les Vendéens.

L’Hermione ressuscitée
Deux siècles plus tard, germe un pari fou dans l’esprit de quelques nostalgiques de la grandeur de l’Arsenal de Rochefort : reconstruire une nouvelle Hermione, en tous points ressemblante à l’historique vaisseau. De 1997 à 2014, ce chantier fut l’un des plus visités de France (près de 4 millions de curieux et de passionnés, dont de nombreux altiligériens). Une lutte de tous les instants pour organiser, financer, conforter le chantier. Des recherches pour retrouver les gestes, les agencements, les réalisations d’antan avec les moyens « du bord ». Ce sont pas moins de 400 000 pièces de bois différentes, 2 000 chênes débités, 2 200 m² de voilure en toile de lin, 25 km de manœuvres et de cordages… Construite par plus de 1 000 artisans et forçats en 11 mois en 1778, il fallut près de 17 années à la cinquantaine de charpentiers, menuisiers, ébénistes, calfats, gréeurs, voiliers, forgerons et organisateurs du projet pour réaliser la « moderne » Hermione.

Et l’émotion fut, il y a quelques mois, à son comble, lorsque pour la première fois le fier voilier vint goûter ses premières vagues salées. Le 07 septembre 2014, empruntant le même parcours que La Fayette pour la première étape de son voyage en 1780, l’Hermione ressuscitée jette l’ancre en rade de l’Ile d’Aix.
D’Iroise en Gascogne, les premiers essais sont concluants, les gabiers** agiles et le commandement opérationnel. En ce printemps 2015, l’œuvre initiatique de La Fayette au nom de la liberté des peuples et des idées va revivre. L’Hermione voguera vers les Amériques réalisant les rêves et les espérances de nombre de passionnés.

Georges Dussauce, février 2015, Chatelaillon

* L’Hermione est un voilier de 66 m hors-tout, portant trois mats, armé de 32 canons de 6 et 12 livres (3 ou 6 kg le boulet) et 250 marins.
** Les gabiers sont les membres de l’équipage qui grimpent dans la mature et au long des vergues pour déployer ou rentrer les voiles.

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hermione DSC_5280La terre de Haute-Loire et l’âme de Lafayette sur l’Hermione
COMMUNIQUE DU DEPARTEMENT DE HAUTE-LOIRE – A l’occasion des nombreuses manifestations du week-end dernier autour de l’Hermione en Charente-Maritime, une délégation de Haute-Loire composée de Madeleine Dubois, Vice-Présidente du Département en charge de la culture, et Dominique Gillet directeur des services culturels du Département, a fait le déplacement pour représenter la terre natale du célèbre Marquis.
Sur place, Madeleine Dubois a pu remettre une boîte contenant de la terre de la roseraie du Château de Chavaniac Lafayette à Mr Benedict Donelly, Président de l’association Hermione France. Celui ci a ensuite porté cette terre à bord de l’Hermione pour qu’un peu de Haute-loire participe au voyage.
Des liens vont désormais se nouer entre les deux départements de la Charente et de la Haute-loire afin que des actions communes puissent être conduites à l’avenir, en mémoire de Lafayette.

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L’Hermione, fille d’Éole et petite-fille d’Océan

Lorsqu’Eole et Océan se marient dans de furieuses étreintes il ne fait pas bon être le maraudeur de leurs humeurs. Et pourtant, tant de rêves humains ont pris forme et assurance en chevauchant les ondes du dieu des Mers, poussées avec vigueur par le déraisonnable dieu du Vent.
Voguons vers l’histoire des deux Hermiones rochefortaises, l’ancienne et la moderne, qui lient à jamais pour la gloire de la liberté, la Haute-Loire et la Charente-Maritime.

Force 12, la folie des hommes
Toutes les voiles sont rabantées, seuls le tourmentin, la suédoise et l’artimon permettent de tenir une bonne cape courante. Il est temps de solliciter les esprits sauveurs qui permettront aux rêves des impétueux de se garder en vie.
Quelle volonté faut-il à ce jeune Marquis de La Fayette, né Gilbert du Mottier en 1757 au château familial de Chavaniac (43) pour se lancer dans ses aventures américaines dès 1777 ?
Quelle folie s’empare des premiers associés rochefortais, portés volontaires pour la reconstruction de la frégate L’Hermione à partir de 1997 ?

Force 11, indomptable mais exaltant
La tempête, toujours, qui sur ses montagnes liquides et sous ses rafales vengeresses met à l’agonie le désir d’aventures, certes, mais consacre l’infini goût de la liberté.
M. de La Fayette, bel esprit nourri aux appels de la Raison, chère au Siècle des Lumière, se décide à parcourir les épisodes politiques et sociaux d’une grande complexité dans cette période prérévolutionnaire. Tout juste marié et futur père il délaisse femme et enfant pour courir l’océan vers le Nouveau Monde en gésine. Un premier séjour qui confirme l’engagement de ce rebelle, de cet amoureux de l’indépendance d’esprit.
220 ans plus tard, le même esprit, la même volonté à se libérer des contraintes soufflr pour cette association de rêveurs, de visionnaires qui ressentent l’impérieuse nécessité de donner du sens à un haut-lieu de l’architecture militaire et navale alors largement rénové, l’Arsenal de Rochefort.

Forces 10 et 9, à force de ténacité
Si l’écume court toujours à la cime des vagues, le vent, bientôt, va devenir manœuvrant. L’Hermione roule moins d’un bord sur l’autre. Le capitaine envisage même de reprendre son cap au 270°, plein Ouest, vers Boston. Nous sommes quasi à sec de toile, mais bientôt allons manœuvrer pour rallier l’Amérique.
Lors de son deuxième voyage aux Amériques le Marquis, alors âgé de 23 ans, est porteur de bonnes nouvelles pour les Insurgents, les « terroristes indépendantistes », selon les Anglais, qui luttent contre cette colonisation. Louis XVI est fort heureux de porter un coup d’estoc à ces satanés anglais en laissant partir un contingent de 8 000 hommes.
Pour nos passionnés à l’œuvre dans la forme de radoub, il est temps de poser la quille et les premiers couples laissant augurer de la forme de la carène. Il avait fallu plus de 1 000 travailleurs et 11 mois d’activité pour qu’en 1778 soit réalisée cette frégate de 12. Nos contemporains, pas plus d’une cinquantaine de personnes des différents corps de métier mettront 17 ans pour réaliser leur ambitieux projet.

Forces 8 et 7, au gré des vents
Le vent devient plus régulier et moins éprouvant. Un peu de toile est renvoyée, ce qui permet au barreur de reprendre le cap. Les marins remontent sur le pont supérieur, le cuistot se remet aux fourneaux, le bosco et quelques mousses rangent la cambuse, le capitaine fait le point.
Pendant deux années l’Hermione va participer a plusieurs batailles navales le long de la côte nord-est des 13 colonies ayant proclamé leur indépendance. La frégate va même abriter l’une des premières réunions du Congrès américain, occasion pour les indépendantistes de déclarer leur admiration au Marquis de La Fayette, fait « Major general » par George Washington. Gloire bien vite connue dans le Royaume de France qui vaudra dès lors à notre futur Général de la Garde Nationale, des honneurs … et des détracteurs.
La critique, fille de la liberté de parole, se perpétue et nos constructeurs de la nouvelle Hermione sont les sujets de moult polémiques. Défiant l’adversité et les difficultés, dont la tempête de 1999, la rudesse des budgets impossibles, les caprices de tel ou telle … ils achèvent la coque et vivent la phase cruciale du calfatage.

Forces 6 et 5, belles brises
La dépression s’en est allée, et, par une belle brise d’ouest, nous voguons de retour vers le Vieux Continent. Pressentons-nous dans les évènements de notre campagne en ces terres rebelles des futurs Etats-Unis, ce qui va arriver au royaume de France, tout semble soudain si calme ? …
La détermination à revenir sur ses terres, à retrouver Adrienne de Noailles et son fils, la gloire acquise par son expédition sont empreintes d’une sourde inquiétude aussi pour le Marquis en cette année 1782 … et si tout avait une fin ? … Son avenir paraît sombre ! A terre, on l’éloigne des responsabilités … trop « insurgent » sans doute. Il lui faut attendre la Révolution de 1789 pour devenir Commandant militaire de Paris en octobre. Une nouvelle aventure commence.
A Rochefort, la bataille d’Hermione avance, elle flotte dans sa cale, sa mature se dresse bientôt dans le ciel, les voiles sont ferlées sur ses vergues, le vent peut commencer sa chanson dans le gréement. Un monument en l’honneur d’Eole ce bateau : 400 000 pièces de bois et de métal, 2 000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises, 2 200 m2 de voilure en toile de lin, 25 km de cordage en manille et en chanvre, … et des dizaines de gabiers amateurs pour le faire vivre sous la conduite de 18 marins professionnels.

Forces 4 et 3, tout dessus matelot !
Pour un tel bateau, c’est un « temps de jeune fille ». La frégate toutes voiles déployées fend les flots à plus de 9 nœuds. Elle fréquente les eaux atlantiques, puis les indiennes pour accompagner de lourds vaisseaux vers les villes-comptoirs des Indes. La Compagnie a encore de beaux jours et le commerce est florissant. Mais l’appel de la bataille va retentir, les vents tumultueux de la Révolution française balayent les alliances et la guerre civile convie notre fringante vers l’estuaire de la Loire pour renforcer le blocus des Vendéens.
Quels tourments, en ce 17 juillet 1791, pour notre héros ! Marat s’époumone en le traitant « d’infâme Mottier ». Il est temps pour le marquis de quitter la scène publique pour simplement survivre. Comme «son» Hermione il se retire pour quelques temps, afin de mieux renaître, portant toujours aussi haut la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».
07 septembre 2014, sous les hourras et les cornes de brume, l’Hermione moderne s’en vient fendre les premières vagues salées. Sous un soleil de fête elle tonne son entrée en Océan, elle frémit de ces espaces qui s’ouvrent. Respects dans les yeux illuminés des spectateurs pour les scieurs, charpentiers, menuisiers, ébénistes, calfats, gréeurs, voiliers, forgerons et autres compagnons et maîtres. Les félicitations fusent pour les rêveurs, les décideurs, les partenaires, les milliers d’associés.

Forces 2 et 1, un vent d’introspection
La pétole s’installe, la langueur atteint l’équipage, une ambiance d’éternité … nous sommes en 1793, dans quelques heures se sera la terreur pour l’équipage et l’échouage fatal pour notre véloce aventurière. Une erreur de navigation, un rocher pointu et terriblement agressif sur le plateau du Four et l’absurde naufrage à quelques encablures du rivage. L’Hermione se meurt, vive l’Hermione.
La Haute-Loire songe à l’Hermione en rêvant à son Général. Le château de Chavaniac-Lafayette, son musée, la présence permanente de l’hommage américain, la Belle Journée à Langeac permettant à chacun-e de s’immerger dans la vie de l’un des plus révolutionnaires de ses habitants.
La Charente-Maritime, et Rochefort, par l’importance de la Corderie royale, par la présence de tant de marques de l’Arsenal, par ses musées et son architecture urbaine ont toujours le regard qui s’enflamme aux murmures du grand large.
Avril 2015 … cap vers les États-Unis. Lafayette nous voici !

Chatelaillon (17), février 2015, Georges Dussauce

 

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