Il est amusant de voir comment on peut passer d’un extrême à l’autre. Par exemple, après s’en être mis plein la panse au réveillon, on apprécie un repas léger, on se nourrit de soupes et de tisanes…

Dans le plaisir que l’on prend à rester bien au chaud alors que les éléments font rage à l’extérieur – couette au dedans, burle au dehors – on lit aussi notre capacité à apprécier les contrastes. De parole d’Establin, « il faut aimer être chez soi pour mieux goûter la rudesse de notre climat. »

Tout se passe comme si un extrême révélait, en creux et comme à son insu, son opposé – drôle, plaisant ou terrible.

Si l’on rapproche cette théorie des contraires des événements dramatiques, des mesquines querelles politiques et des corporatismes égoïstes relatés par les médias, on pourrait, au lieu de s’en inquiéter ou de s’en indigner selon les nouvelles, les considérer simplement pour ce qu’elles sont : des nouvelles exceptionnelles qui ne reflètent pas notre réalité quotidienne. Oui, les infos se nourrissent d’ « extra »-ordinaire ;  elles se situent à l’opposé de notre ordinaire, beaucoup plus paisible qu’il n’y paraît.

Matthieu Ricard*, dans son « Plaidoyer pour l’altruisme », dénonce par exemple le mythe qui veut que, lors des catastrophes, des gens réagissent par la panique et le chacun pour soi. En fait, le comportement le plus fréquent relève de la coopération et de l’entr’aide ! Pour Matthieu Ricard il n y a aucun doute que l’altruisme est inhérent à la nature humaine. 

Dans la vie de tous les jours, on prend soin de ceux qu’on aime, mais on se soucie aussi des anonymes : on tient la porte ouverte à quelqu’un qui a les bras chargés, on aide à porter une poussette dans un escalier, on s’arrête pour aider un inconnu coincé dans la neige… Et que dire de tous les bénévoles ? Et de la solidarité par le don ? Cette année, si le nombre d’utilisateurs des restos du coeur a malheureusement encore augmenté, les gens ont également plus donné. C’est une action désintéressée, sans attente de récompense, pour le bien de personnes que l’on ne connaît pas.

En regardant bien, nos actes sont plutôt teintés de bienveillance, et la majeure partie de notre existence se passe plutôt dans la paix. Bienveillance et paix, comme toutes les qualités, se cultivent, se développent. Alors, quitte à passer pour une idéaliste un peu naïve, je préfère cette année encore souligner les bons côtés de la nature humaine : vous en trouverez de nombreux témoignages dans les articles de ce magazine et de ceux à venir. Sans être des saints, nous sommes tous les héros de notre quotidien, non ?

 

*Matthieu Ricard est moine bouddhiste, interprète du Dalaï Lama, photographe et auteur. Avec le Mind and Life Institute, il participe activement à des travaux de recherche qui étudient l’influence de l’entraînement de l’esprit à long terme sur le cerveau. Plaidoyer pour l’altruisme –  éditions NiL