Difficile l’article de l’automne : il est rédigé pendant l’été. J’ai donc, comme je commence à en prendre l’habitude, laissé mûrir le sujet. Mais là pas de cabinet, pas de patient, juste une plage au bord de l’océan, et un bungalow en bois sur un terrain tranquille ou presque. J’ai du réfléchir hors cadre, comme un psy en vacances, face à sa propre vie, ses propres symptômes, sa propre histoire, famille … 

Quoiqu’il arrive n’en faites pas une affaire personnelle

Il s’agit donc toujours de travailler sur la relation à l’autre, et la relation à soi.

En faire une affaire personnelle, c’est prendre pour soi ce qui vient de l’autre, se charger de ce qui nous vient de l’extérieur, d’un autre que soi.

Habitués que nous sommes depuis notre naissance (et avant) à nous nourrir de relations, nous avons tous plus ou moins tendance à considérer l’avis de l’autre comme une vérité sur soi. Certes le regard de l’autre n’est pas inintéressant, mais il ne saurait y avoir d’objectivité dans ce regard, d’autant moins si l’avis vient d’une personne affectivement  proche. Lorsque le regard est valorisant ça n’est pas forcement désagréable de se laisser être cette personne éblouissante, puissante, belle, etc. ; par contre il arrive plus souvent que le regard ou la parole soit chargé de reproches, pire : d’humiliations.

Tout le monde ne réagit pas de la même manière lorsque touché de la sorte au plus profond de soi on se retrouve le cœur serré, plongé dans une réalité glaciale. Dans l’éventail de nos défenses, on fuit ou on attaque.

 Il existe cependant une autre possibilité, certes difficile mais salvatrice : prendre de la hauteur. Il s’agit pour quelques instants de s’extraire de soi et de prendre la place d’un tiers imaginaire qui observerait sans intervenir, le temps au moins de juste considérer que l’autre est un autre et que soi reste soi.

Evidemment c’est un artifice, une parade, l’idéal étant comme l’énonce  Don Miguel Ruiz de « ne pas en faire une affaire personnelle », cela supposerait que dans le même temps ou l’on se trouve face à l’autre et en conscience de soi, que l’on arrive à avoir cette multi perception de soi, de l’autre et d’autres encore. Personnellement je n’arrive pas à tenir plus que quelques millisecondes sans superposer toutes ces perceptions, gardant en tête que c’est, de toute façon, toujours moi qui pense.

Durant toute notre vie, nous faisons ce travail d’appropriation et de rejet, d’introjection et de projection ; en bref, notre individuation est évolutive, il s’agirait alors d’équilibrer présence à soi et présence à l’autre sans que jamais ni l’un ni l’autre ne prenne toute la place.

Sur ce, je retourne à la plage.

 

 

 

lire le deuxième accord décrypté par Coral Martinez Jardon