Coup de chance : ce printemps très humide a oublié d’arroser le jeudi de l’Ascension. Enfants et ado dans la voiture, me voici donc embarqué pour 1h15 de route, le temps qu’il faut pour se rendre du Puy jusqu’à Bagnols-les-Bains au nord de la Lozère. Direction Le Vallon du Villaret. Un parc d’attractions… sans attraction est-il écrit sur le dépliant, qui parle aussi d’un jardin extraordinaire où poussent des sculptures !


De loin cela ressemble à une espèce d’antithèse de Disneyland. Pourquoi cette comparaison ? Parce que les deux parcs fêtent cette année leur 20ème anniversaire. Et aussi parce qu’une semaine à peine avant de découvrir le Vallon, je mettais les pieds pour la première fois à Disneyland Paris. Première et dernière fois ! Tout ce qui m’a été difficilement supportable chez l’un m’a enchanté chez l’autre. D’un côté la culture du jeu vidéo, celle de la consigne à respecter et de la performance, de l’autre la poésie qui donne toute sa place à l’imaginaire, à l’invention et à la rêverie. D’un côté l’artificiel, le stuc et le toc, de l’autre le naturel et l’authentique. D’un côté la standardisation qui produit uniformisation et nivellement par le bas, de l’autre le prototype, l’atypique et l’exigence artistique et culturel. D’un côté la foule, la vitesse, les néons et la musique d’ascenseur omniprésente, de l’autre le calme et le chant du ruisseau et des oiseaux. D’un côté une gigantesque pompe à fric où tout a été l’objet de savants calculs marketing, de l’autre une proposition qui en plus de toutes ses qualités ne malmène pas trop votre porte-monnaie…

Bon, Disneyland vous voyez à peu près à quoi ça ressemble, mais comment vous décrire le Vallon, cet improbable croisement entre centre d’art et parc d’attractions écolo ?

C’est d’abord un vallon boisé de 10 hectares, qui ressemble d’assez prêt à l’idée qu’on peut se faire d’un petit coin de paradis. Parcouru par un ruisseau, on le remonte rive droite sur 1 km de la grande porte d’entrée jusqu’au hameau du Villaret avant de le redescendre rive gauche. Au hameau, une auberge et ses terrasses ombragées. Loin des frites et hamburgers indigestes vous n’y risquerez qu’une consommation immodérée de délicieuses charcuteries locales. S’y trouvent également une boutique pleine de chouettes trouvailles et surtout la superbe tour du XVIe qui abrite les expositions temporaires.



Ce site enchanteur est aussi un musée à ciel ouvert,
parsemé d’œuvres surprenantes qui brouillent les limites entre art et nature. C’est ainsi au Vallon : l’art est superbement intégré à son environnement naturel. Et il y est aussi joyeux car il y côtoie des dizaines de propositions ludiques toutes plus inventives et drôles les unes que les autres. Comment rêver meilleure initiation à cet art dit contemporain qui souvent perturbe, bouscule, voire effraye ?
Au Vallon, le jeu lui-même devient un art, celui des sens mis en éveil et du corps mis en espace, celui d’installations qui s’adressent plus à votre intelligence et à votre sensibilité qu’à votre dextérité ou votre application.
Amateurs de mascottes, de vertige et d’imitation (les grands principes sur lesquels reposent les habituels parcs de loisirs), passez donc votre chemin. Seuls règnent ici la curiosité, l’exploration, l’improvisation, la coopération… Vous êtes acteurs de votre parcours, libres de vos mouvements, libres de tout attachement à un manège : impossible d’être « sage » dans un lieu aussi « fou ».

C’est donc tout cela le Vallon, un état d’esprit, une éthique, une philosophie autant qu’un lieu. Et l’on y redécouvre cette évidence : qu’il est bon de se sentir considéré comme un humain plutôt que d’être envisagé comme un consommateur !

L’inventivité et l’opiniâtreté d’un pédagogue passionné d’art, tombé amoureux de la Lozère.
Instituteur issu de l’enfance dite inadaptée, Guillaume Sonnet est le père officiel du Vallon. Désireux de changer de vie, il en a l’idée en 1984. Huit ans, des centaines de rencontres et quelques montagnes soulevées plus tard, l’endroit ouvrait ses portes au public. 14 000 visiteurs la première année, le pari est réussi. Aujourd’hui, avec une moyenne de 40 000 visiteurs par an, le Vallon est un succès, connu et reconnu comme tel. Guillaume Sonnet reçoit régulièrement des délégations d’élus et porteurs de projets venus parfois de très loin pour percer son secret. Il est simple : aucune modélisation possible, aucune recette applicable. L’inclassable a été préféré au repéré, l’artisanal à l’industrie, le sur-mesure au prêt-à-porter. Le projet a été dimensionné aux réalités culturelles, sociales, historiques, géographiques, naturelles de son territoire d’implantation ; il est inscrit au coeur des rêves, désirs et autres douces folies de son créateur, forcément singulier.

Alors au Vallon, comme ailleurs parfois, on a le sentiment d’être en résistance… comme le village d’Astérix contre la Rome impériale. Espérons que la potion magique ne finisse pas par disparaître et que des projets comme celui de Guillaume Sonnet soient encore possibles aujourd’hui. Des projets, ce jeune homme de presque 60 ans en a encore plein sa besace. Mais pour l’heure, il savoure pleinement la joie d’avoir 20 ans et d’accueillir ceux qui ont découvert le Vallon enfants et reviennent maintenant en parents. (…) Comme dans un rêve, la nature, l’art, la beauté, le jeu sont ici les rois. Est-ce pour cela que l’on s’y sent si bien et que, toutes générations confondues, on y partage avec une telle intensité les mêmes émotions et une même joie de vivre ?
Marc DOUMECHE

www.levillaret.fr
04 66 47 63 76 (48)
à 1h15 du Puy en Velay