Le 26 octobre 2017

PARIS

18:00

Le public d’un concert, dans l’obscurité, fixé de dos dans un flash. Des danseurs arrêtés dans d’étranges postures, dans un déhanchement ou un verre à la main. Un géant courant sur une rivière, et le sourire aussi ravi qu’effrayé des enfants éclaboussés. Des hommes, des femmes, levant le poing pour manifester leur plaisir, ou leur colère. C’est toujours dans des situations extrêmes, dans l’adrénaline du concert, l’ivresse de la fête, le danger de la manifestation ou l’excitation de l’enfance, que Patricia Maincent met en scène ses plus qu’humains, des êtres augmentés, donc, accrus, grandis ou dépassés (se dépassant eux-mêmes) par l’intensité de l’expérience du moment. Dessinés à l’aquarelle, dilués et comme fusionnant avec le papier, ces hommes, femmes, enfants, sont comme des apparitions (comme on parle de fantômes), révélés ici par le fond blanc du papier, ou se détachant là de la nuit bleutée que l’encre y a déposée. Ils sont révélés, comme la photographie révèle l’image sur le papier, réveille et fixe le souvenir dans le bain chimique. Car Patricia Maincent travaille à partir de photographies, qu’elle a prises elle-même, ou qu’elle a extraites de journaux d’actualité, ou de films. Et en les reproduisant avec l’eau et les pigments de l’aquarelle, technique par nature si volatile, si peu fiable, si surprenante, elle fait apparaître tout le trouble de ces images : des images troublées par l’eau, qui fixent des moments troublants (extrêmes, excitants, dangereux) et qui ainsi restituent la nature trouble de la mémoire. Fantomatiques, étrangement déformés par l’eau (comme si les lignes de leurs traits ne suffisaient plus à contenir leurs expressions), imprégnant le papier (ou imprégnés par le papier), ces figures ou groupes d’individus semblent vus à travers des larmes ou dans la dilution amniotique du flux et du reflux informationnel. Les amis, les enfants, des manifestants poursuivis par des CRS, deux personnages marchant de nuit sous le pont d’une voie ferrée, la jeune fille de 36 Fillette de Catherine Breillat, ou Madonna prenant le micro pendant les manifestations Women’s march, sont exposés dans une même et liquide remémoration, comme dans un très contemporain carnaval de James Ensor. Et tous ces événements, tous ces moments qui rompent et surpassent le quotidien, Patricia Maincent les organise en séries, en mouvements, en compositions qui multiplient les liens et les correspondances, et qui en même temps, brouillent les pistes. Un manifestant a soudain une tête d’oiseau échappé d’un film de George Franju. Un couple qui s’étreint, à mi-corps immergé dans l’eau d’un lac, si on l’observe bien, a un bras de trop, et cache donc un troisième personnage enlacé. Le carrelage de la salle de bain a fusionné avec le visage de la petite fille. Ce sont donc différents mouvements contradictoires qui mettent au défi l’œil du spectateur : l’acuité du témoignage photographique se brouille dans l’eau et ses mouvements, l’intensité du moment vécu se dilue dans la mémoire troublée, la réalité est rendue étrange, parfois inquiétante. Et c’est finalement, à la fin de l’exposition, un couple de singes qui regarde avec circonspection, comme un contrepoint ironique, un contrechamp amusé, ces plus qu’humains se démener, avec eux-mêmes et leur humanité. Wilfried Paris *** Trois Couleurs, The Drone, Magic !, Chronic’art... http://wilfriedparis.blogspot.fr/ Patricia Maincent est une artiste franco-américaine résidant à Paris. Après ses études aux Arts Déco, elle nourrit son travail visuel (dessins, films, photos) de voyages, de rencontres et de recyclage. Un collage sensible entre captation du quotidien et samples hollywoodiens, entre autobiographie truquée et vraie fiction En 2010, son film 15OO0 kms, a été sélectionnée dans des festivals de films et d’art numérique. Les performances vidéos Pokipoki (en duo avec Sylvie Astié) ont été présentées à de nombreuses occasions ( Nouveau Festival au Centre Pompidou, Nuits Sonores à Lyon, Accès à Pau, Barcelone, Bruxelles..). . De plus en plus concentré sur le dessin, son travail a fait l’objet d’une exposition personnelle en 2013, à l’Espace d’en bas, à Paris et est depuis régulièrement montré dans des expositions collectives.. Patricia Maincent is a french american artist living in Paris. Her visual work, drawings, films, photos, is nourished by trips,encounters and recycling. A sensitive collage between daily collect and hollywood samples, between fake autobiography and real fiction. Galerie de la Voûte 42 rue de la Voûte, 75012 Paris (M°& Tram Porte de Vincennes) Contact : patricia@dokidoki.fr / 06 09 94 50 06 galeriedelavoute@gmail.com ou

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