Anthony Fardet

Ce que l’on ingère a un impact sur notre santé ; alors si l’on choisit une façon raisonnable de se nourrir, notre alimentation peut avoir un rôle préventif, c’est-à-dire réduire le risque de voir s’installer des maladies chroniques (diabète, obésité… ).Nous avons demandé à Anthony Fardet, chercheur en alimentation préventive et holistique à l’INRA de Clermont-Ferrand, de nous éclairer sur les Minimally Processed Foods, une approche alimentaire brésilienne qui classifie les aliments selon leur degré de transformation : minimally, normally, et ultra-transformés, et que cet homme engagé a reprise, validée scientifiquement et développée. Ca tombe bien, le chercheur vient de publier un ouvrage grand-public, Manger vrai, pour manger sain, éthique et durable. Je ne suis ni diététicien ni nutritionniste, nous dit-il en préambule, c’est en scientifique que j’étudie depuis 19 ans l’effet santé des végétaux et céréales sur la santé. Je ne fais pas du militantisme, rajoute-t-il, mais la nutrition est sujet important qui touche tout le monde, et avec seulement 3 règles extrêmement simples à suivre on peut manger sain et durable, tous les jours. Quelles sont donc ces 3 règles d’or ?

 

 

 

 

1ère règle d’or : 15 % maximum de calories animales

On remplace l’apport de protéinique l’apport de protéines de la viande par celui des grains et des graines, c’est-à-dire par des céréales complètes, des légumineuses et des fruits à coque. Tous ces aliments sont bons pour la santé : ce sont des sucres lents, des lipides de qualité, riches en fibres, minéraux et vitamines. « L’économie substantielle réalisée par un moindre achat en viande peut être reportée sur l’achat d’une viande de qualité supérieure et issue de filières soucieuses du bien-être animal », souligne Anthony Fardet.

 

2ème règle d’or  : 15% maximum d’aliments ultra-transformés

On sait que les populations les plus malades sont celles qui consomment le plus de produits ultra-transformés. Pour ce chercheur en nutrition, un régime sain et équilibré devrait être basé sur 85 % de calories issues d’aliments peu ou moyennement transformés et seulement 15% en produits ultra-transformés. Voyons voir maintenant de plus près les trois grandes familles d’aliments…

 

Exemple 1 : le poisson

 

3 grandes familles d’aliments en fonction de leur degré de transformation

  • Aliments pas ou peu transformés : on trouve ici les produits bruts, fournis par la nature, et n’ayant subi qu’un traitement mécanique ou thermique induit principalement par le besoin de stockage et de conservation.

Par exemple : les fruits et légumes (en étant stockés, ils sont légèrement transformés, ils perdent un peu de leur pouvoir nutritif et de vitamines.), le lait écrémé…

  • Aliments normalement transformés : il s’agit des ingrédients culinaires que l’on extrait et que l’on utilise en cuisine en adjonction d’aliments peu ou pas transformés.

Par exemple : les oléagineux, le beurre, le sucre blanc de canne à sucre ou de betterave, le sel, la matière grasse, des fromages…

  • Aliments ultra-transformés : ce sont les aliments qui ont subi un ou plusieurs traitements technologiques qu’on ne rencontre que dans l’industrie. Dans ce processus, les aliments sont fractionnés en composés isolés — lactose, caséine, fibre, gluten, amidon… — puis assemblés et enrichis en sucre, en sel, en grain, et additionnés d’éléments artificiels (colorants, conservateurs, exhausteurs de goûts…) ; le résultat est présenté dans un emballage très attrayant.

Par exemple : les flocons de blé cuits et aplatis, le pain de mie industriel, les nuggets…

 

Le drame, c’est que ce sont les enfants qui sont le plus touchés par cette alimentation ultra-transformée, pointe Anthony Fardet. Regardez le petit-déjeuner : celui des enfants est basé sur des céréales industrielles alors que les adultes préfèrent des mueslis moins transformés.

 Cette classification en 3 groupes — peu ou pas transformé, normalement transformé et ultra-transformé — s’applique facilement à tous les aliments.

Pour s’exercer à cette classification, une précision, une question et un indice.

– Il n’est pas nécessaire de savoir établir une différentiation très précise entre aliment peu transformé ou normalement transformé, le bon sens invite simplement à éviter les aliments ultra-transformés, c’est-à-dire les produits industriels.

– Demandez-vous si la transformation de l’aliment a été faite au service de l’aliment (stockage, conservation) ou bien si elle a dégradé sa première nature ?

– Regardez sa composition : si elle comporte plus de 5 éléments, il y a de fortes chances que ce soit un aliment industriel.

 

Exemple 2 : La pomme

 

3ème règle d’or : Au sein des aliments non ultra-transformés, diversifiez votre alimentation en privilégiant le bio, le local et les produits de saison.

En fait, ces trois règles sont pleines de bon sens comme on l’aime. Elles s’appliquent à tous, dans tous les pays du monde, quelles que soient la culture et l’agriculture locales. Elles permettent de préserver à la fois la diversité des modes de vie humains et les ressources de notre planète. Elles intègrent la biodiversité, le bien-être animal. Elles préservent le tissu rural et l’économie locale.

En plus, cerise non transformée sur gâteau peu transformé, en enlevant des produits ultra-transformés de notre alimentation, en achetant des produits locaux et en vrac, on fait des économies qu’on peut reporter sur une meilleure qualité.

Au final, manger bon, c’est tout bénef’ !

 

Manger vrai

d’Antony FARDET

Éditions Thierry Souccar