L’auto consommation : loto conso ?

En quoi consiste une installation de production photovoltaïque en auto-consommation ?

Hervé Chabal est installateur photovoltaïque chez ERE43, puis au sein de la coopérative yssingelaise Météor depuis 15 ans. Il nous dévoile les bases du fonctionnement de l’autoconsommation. www.meteor.fr

Reprenons l’historique. Quand j’entends parler pour la première fois de photovoltaïque, il sert à produire de l’électricité sur des sites isolés, à alimenter des pompes en Afrique, des refuges de haute-montagne, des bâtiments trop éloignés d’une ligne électrique. En quoi consiste alors une installation ? Un panneau charge une batterie sur laquelle on vient chercher l’électricité. C’est simple comme une clôture électrique pour bétail, mais cher. Les Allemands développent alors le système « raccordé réseau ». Un onduleur transforme le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif compatible avec le réseau en 50 Hz. L’onduleur fait passer le photovoltaïque dans une autre dimension. Fini le bidouillage de quelques écolos, place à l’installation professionnelle, acceptée par ENEDIS. On observe alors la roue des compteurs électriques de l’ancienne génération tourner dans un sens ou dans l’autre.
Enfin l’État oblige EDF OA à acheter à prix d’or. Si l’installation est aux normes, le tarif d’achat peut aller jusqu’à 0,58 € du kWh en 2010, le prix le plus élevé du monde. Une manne dont certains vont profiter jusqu’à ce qu’elle prenne fin cette même année.
Aujourd’hui, après avoir beaucoup baissé, le prix d’achat est remonté légèrement, il est en moyenne d’environ 15 c du kWh (ça dépend du type d’installation). En même temps le prix des installations baisse, ce qui fait qu’on arrive à un certain équilibre : l’électricité auto-consommée revient au même prix que l’électricité achetée sur le réseau pendant les 10 premières années d’amortissement.

Investir dans de l’auto-consommation

Nul besoin d’adhérer aux thèses de l’effondrement pour affirmer que nous serons confrontés à des phases de pénurie dans les prochaines années. Quoi qu’il arrive, son prix ne fera qu’augmenter. La motivation première des clients c’est de baisser le montant des factures, mais nos clients, qui nous choisissent pour nos engagements pour l’environnement, souhaitent aussi participer au développement des énergies renouvelables.

Un choix qui oriente vers la sobriété énergétique

Ce que je constate, et que je trouve intéressant, c’est l’évolution positive des comportements. Une application fournie avec l’installation permet de suivre en temps réel ce qu’on produit, ce qu’on consomme et ce qu’on injecte sur le réseau. C’est pédagogique, et lorsqu’on y est attentif, on fait des économies d’énergie : par exemple en programmant un cycle de machine à laver en pleine journée quand le soleil est haut, idem pour le fonctionnement de son chauffe-eau, de sa pompe de piscine, etc.

Mise en commun ou chacun pour soi ?

La question éthique se pose. Délaisser un service collectif pour du chacun pour soi n’est évidemment pas une attitude socialement viable. Investir dans des batteries pour stocker sa propre énergie est coûteux pour l’environnement. Ce n’est pas ce que nous défendons à ce jour.
Mais avec le système de production électrique avec revente, tel qu’il existe aujourd’hui, on participe à la production électrique consommée au plus près et le réseau nous sert de batterie. Si ce n’est pas nous, c’est notre voisin qui l’utilise. Et si tout le monde en produit, alors elle ne viendra plus des centrales nucléaires de la vallée du Rhône.

 

PRINCIPE DE L’AUTO-CONSOMMATION
(avec raccordement au réseau)

Quand il n’y a pas de soleil, on utilise l’électricité du réseau
Quand il y a du soleil, on utilise l’électricité que l’on produit
On réinjecte sur le réseau l’‘électricité produite qu’on n’utilise pas.

 

AVANT D’INVESTIR

  • Observez l’exposition de votre toit. Pour de la vente totale de sa production on cherche le plein sud. Mais en auto consommation l’idéal est un toit orienté est/ ouest qui répond aux besoins diurnes.
  • Un pari sur l’avenir : on s’engage à revendre le surplus de la production à EDF OA pendant 20 ans, à un prix qui correspond grosso modo au coût d’amortissement actuel, estimé à une dizaine d’années, primes à l’installation incluses.
  • Au sol, le PV est en auto-consommation pure, on ne revend pas le surplus.
  • Un compteur Linky est obligatoire. Pas de coût de raccordement mais une taxe d’utilisation du réseau d’environ 50 € par an.
  • Règle d’urbanisme : une déclaration de travaux est nécessaire.
  • Imposition ? Si installation < 3kWc pas d’imposition sur la vente. Une TVA de 10 % est appliquée sur le coût d’installation.

3 exemples d’auto consommation

Une maison à Saint Jeures

 

1,8 kWc sans injection du surplus sur le réseau. Mix énergétique renouvelable : PV toiture + solaire thermique au sol + chaudière bois

Véronique était une citadine en appartement à Lyon puis au Puy qui rêvait d’habiter dans le pays des sucs. Aujourd’hui dans une maison ancienne au bout d’un chemin, elle a tout repensé en termes d’énergie, sans déroger au confort.
Son installation est encore en rodage, elle n’a que 6 mois, son compagnon et elles jugeront les gains au bout d’un cycle d’une année, mais déjà, avant l’été, l’autoconsommation de la production de leurs panneaux photovoltaïques en toiture leur permet d’assurer 40 % de la consommation.

Quand le ciel est un peu nuageux on attend un jour plus ensoleillé pour faire tourner la machine à laver…
Le plus intéressant est sans doute le couplage des panneaux solaires thermiques au sol avec une ancienne chaudière à bois, ils alimentent tous deux le chauffage central autrefois au fioul. Une régulation automatique gère les apports d’eau chaude via un système ou un autre.
Bien sûr l’isolation de la maison a aussi été revue et augmentée.
Le couple est habité par la volonté de laisser une empreinte la plus légère possible dans ce monde en surchauffe.

R. Servant

 

Ferme de Treslemont, Yssingeaux

26 kWc, sans revente du surplus
La ferme de Treslemont juste en face du Lycée agricole d’Yssingeaux pourrait être citée en modèle. Depuis 20 ans déjà le Bio est dans l’ADN de Jean-Luc Margerit, paysan éclairé parfaitement au fait des enjeux d’un métier qui doit évoluer. Transformation, vente directe, un gîte confortable pour de belles rencontres. Et une saine maîtrise de l’énergie.

Les panneaux photovoltaïques se trouvent sur le toit du gîte. L’électricité produite est auto consommée. Elle alimente gratuitement l’ensemble des besoins courants mais aussi la recharge d’un véhicule de livraison joliment décoré. L’économie générée finance en partie un nouveau salaire, mais la malice du système réside dans la gestion du surplus de production.

Plutôt que le revendre au réseau « à un prix bien trop bas », le surplus sert à chauffer de l’eau pour les besoins de l’atelier de transformation, alimente le chauffage central de la maison d’habitation et le chauffage par le sol du gîte. Jean-Luc est intarissable sur les bienfaits de son installation qui est pour lui le meilleur investissement de toute sa vie, amorti en seulement 6 ans.

R. Servant

Lugik park aux Estables

created by dji camera

Installation 17kWc avec batteries Philippe Michel : « J’ai choisi l’auto conso photovoltaïque pour son côté écologique et économique. L’orientation du parc et l’altitude (plus il fait froid, plus on a du rendement), appelait la solution photovoltaïque pour alimenter les moteurs des luges. On est très content de l’accompagnement par Ere 43, entreprise locale, qui a bien adapté l’installation photovoltaïque à notre projet. »
NDLR : les luges sont peu énergivores : la mise à température de la friteuse du snack consomme plus que le fonctionnement des luges !