Nous n’avons pas besoin d’accumuler pour être heureux.

La tiny house d’Angélique et Jonathan

Les lignes obliques du revêtement métal dialoguent avec celles, verticales, de l’ancienne carrière ; l’habitat d’Angélique et Jonathan est posé dans un écrin de pierres en haut d’un pré. La pente cache les essieux, alors d’en bas, il est impossible de deviner qu’il s’agit d’une maison mobile. Pas un mobile home, mais une tiny house toute mignonne, pas tout à fait terminée, conçue et réalisée par ses propriétaires.

 

Entre mobile home et tiny, la différence c’est la taille, mais elle n’est pas de taille.

Un mobile home nécessite une autorisation de convoi spécial pour être déplacé, alors qu’une tiny house est censée ne pas dépasser 2,55 m de largeur pour se déplacer comme une caravane standard, du moment que l’ensemble véhicule + remorque ne dépasse pas 18 mètres de long, et que le véhicule tractant est adapté au poids total à déplacer.

Le fameux PTAC, notifié sur votre carte grise. Le permis B ne suffit généralement pas pour déplacer une tiny house.

 

 

Où on s’installe ?

Déjà, il faut avoir l’autorisation du propriétaire du terrain ! Ce n’est pas parce que tiny rime avec écologie qu’on peut s‘installer n’importe où ; l’emplacement dépend du PLU, plan local d’urbanisme. De nouveaux espaces, appelés « pastilles », délimitent des zones sur des terrains non constructibles, sorte d’entre deux ouverts aux habitats légers sous certaines conditions. Renseignez vous auprès de votre mairie avant d’investir dans une tiny et de vous projeter dans un paysage de rêve.

 

 

Tout a commencé par un héritage, digne d’un conte.

Jeune garçon, Jonathan faisait de l’entretien chez une dame, dans un hameau de Saint André de Chalencon, pas très loin de chez ses parents. Un lien assez fort s’est tissé avec elle, parce qu’en 2014, Jo apprend qu’il est l’héritier de sa maison. Une grande bâtisse en pierre avec des dépendances et vue sur la Madeleine. Sauf que les formalités de succession trainent, les collatéraux ne signent pas les papiers et font naitre de l’incertitude…

Angèle rêvait d’une tiny. Si on obtient la maison, on habitera la tiny sur place pendant les travaux, et si on n’a pas maison, on aura toujours un toit qu’on pourra changer d’endroit, argumente-t-elle.

Une belle façon d’occuper le confinement avec une maison virtuelle !

Le confinement nous a rendu service, on a mesuré tout ce qu’on voulait mettre dans la tiny, le frigo, la hauteur du plan de travail, le lit, la place à côté du lit… Jo enchaine : dans une maison normale on place le lit dans une pièce.Là on mesure le lit, et on fait la tiny en fonction de l’espace qu’on souhaite autour.

Donc les plans, c’est le casse tête, surtout quand la maison miniature a vocation de résidence principale d’un couple et d’un enfant pendant quelques années. Angèle écume les forums, lit tout ce qu’elle trouve sur le sujet. Sa façon d’habiter se précise… Entre le rêve et la concrétisation, passent 6 années.

D’abord acheter une remorque

Une tiny c’est une mini maison mobile. Il s’agit d’aménager un espace confortable et fonctionnel sur un double essieu. Le choix de la remorque, c’est l’affaire de Jo. 

Elle est installée chez ses parents parce que sur place il ya tout ce dont ils ont besoin, dont un atelier avec du matériel conséquent. Normal, ils sont charpentiers de père en fils, dans cette famille, des deux côtés, et depuis 3 générations. Sans l’aide de ses parents, c’aurait été compliqué, constate Angèle, reconnaissante pour le soutien apporté. Il n’empêche que Jo a toutes les compétences pour mener ce projet en auto-construction. Diplômé d’un BTS Système Constructif Bois et Habitat, il est associé dans l’entreprise de construction bois Racinéo, située à Monistrol sur Loire, il a aussi l’expérience et la rationalité. Et il voit loin : « je plante des arbres en forêt, j’entretiens mes plantations et j’espère bien dans quelques années pouvoir construire avec ! ». En attendant, il a construit sa tiny en ossature bois. Montants en sapins de pays, grands panneaux de trois plis en sapin pour le contreventement (empêcher la déformation de la structure), isolation en laine de bois en semi rigide de 12 cm d’épaisseur, pare-pluie.

 

 

 

La charpente est en sapin de pays, avec une double couche d’isolant disposée non pas entre les éléments porteurs mais par dessus la structure, selon la technique du sarking qui présente l’avantage d’une enveloppe étanche, sans pont thermique. ( panneaux isolants semi rigides de 80 mm + 35 mm rigides)

 

 

 

Fonctionnelle, confortable, et on s’est fait plaisir avec des détails 

« Je m’étais prise de passion pour la vie d’une famille en tiny dont je suivais le blog « Less space, more life ». Il y avait un carrelage hexagonal… On s’est fait envie, puis on s’est fait plaisir. J’ai voulu le même, associer du parquet massif avec du carrelage hexagonal en nuances de bleu disposé de façon déstructurée. » 

 

La cuisine, ils en sont encore émerveillés, a été réalisée par le jeune frère de Jo, tout juste 22 ans mais vraiment dégourdi pour optimiser l’espace, et même talentueux. Il a respecté le cahier des charges, l’association des poignées de cuivre façonnées sur mesure, la hauteur du plan de travail escamotable en partie, les rangements multiples. On aime son système de plateau rotatif associé à une double translation pour accéder tout au fond, dans l’angle, et les tiroirs de l’escalier qui utilisent le moindre recoin disponible.

Les plateaux de chêne ont été sciés par le père et mis à sécher, une résine époxy a gommé les légères imperfections de surface avant qu’une finition vernis mat le protège discrètement.

Dans cette tiny on est dedans mais le regard porte loin, où que l’on se trouve. Dix grandes fenêtres et un Velux donnent de la transparence au lieu de vie

Ma bow window, s’extasie Angèle. La saillie vitrée est agrémentée de coussins, appelant à la détente devant le paysage ; la grande pierre placée par le papa de Jo donne une allure de jardin zen, au loin se profile le plateau de la Madeleine… Ce petit luxe architectural a aussi permis d’augmenter la surface de plancher à l’étage de 60 cm sur toute la largeur.

Figurez vous que dans cette maison de seulement 18m2, on a même une buanderie ; le lave-linge se partage l’espace en hauteur avec le lave-vaisselle.

 

 

 

La salle de bain comprend une baignoire, dessinée sur ordinateur. Une plaque inox a été achetée, puis découpée, puis pliée chez HAB 43 à Saint Maurice de Lignon, puis soudée par leur ami Gérald, des ateliers MGT à Grazac.

 

 

 

 

Les toilettes sèche sont été fabriquées par Jo en sapin. Ici le bois est resté naturel, alors que partout ailleurs une lasure blanche égaye les panneaux.

De quel bois se chauffent-ils ? De tout petit bois, des liteaux déposés un par un pour entretenir les braises dun poêle à bois Jotul de 4 kW, bien suffisant pour ce volume réduit.

Angèle se souvient précisément de la date de la signature, 19 octobre 2021, ils sont enfin les propriétaires légaux de la maison et du terrain. Deux mois plus tard, le 24 décembre, le convoi est organisé pour amener la tiny dans son écrin de pierre, bien à l’abri du vent du nord, avec vue sur la Madeleine à l’est, en haut du pré derrière la maison, leur prochain chantier ! Joli cadeau de Noël.

Aménager leur maison miniature leur a pris tous leurs week-ends pendant un an et demi.

Il reste des bricoles à finaliser, surtout les extérieurs. Des plots réglables supporteront les lambourdes de la terrasse dans très peu de temps…

Pao, 1 an et demi, semble ravi. Sa chambre est à l’étage, un couloir la sépare de celle de ses parents, qui ferme avec une porte. Des trappes dans le sol font office de coffre à jouet.

D’autres espaces lui sont consacrés : un filet au dessus de la cuisine et dans le salon, un établi coloré, à sa taille, lui permet de s’exercer à travailler comme papa, et grand papa, et arrière grand papa.

L’entrée est au nord, mais au sud, une double porte vitrée donnera bientôt sur une grande terrasse en bois. Pour l’heure, Pao joue sur le tas de terre, heureux. Avec des ados ce serait difficile. Mais avec deux jeunes enfants, pourquoi pas ? La chambre de Pao a une surface suffisante pour placer deux matelas de 90… pour accueillir un ami, ou une petite soeur, qui sait…

On a de la chance, on est confortable et on s’est libéré l’esprit… Depuis qu’on habite dans la tiny, on se sent plutôt en vacances. On va vider la maison, refaire des plans, tranquillement sans se presser. Comme on s’est déjà entrainés sur la tiny, ça devrait être plus facile maintenant.

Mais on se demande parfois pourquoi refaire une maison ailleurs, alors qu’on a tout ici.

Ils sont nombreux à faire ce constat, nous n’avons pas besoin d’accumuler pour être heureux. La tendance est au minimalisme pour se recentrer sur l’essentiel.

La tiny house est toute petite mais elle ouvre sur un monde plus vaste, plus proche de la nature, où les interactions avec l’environnement remplacent le temps gaspillé à gérer ses possessions et ranger des objets dans des placards.